Voici le dernier éditorial que signa en 2005 notre Président trop tôt disparu:

 

EDITORIAL

Le groupe des juristes, qui vous adresse cette invitation, est né le 27 février 1977, à l’église de Saint Nicolas-du-Chardonnet, qui venait d'être occupée sous l'impulsion de Mgr Ducaud Bourget.

Le cardinal Marty, alors archevêque de Paris, avait cru pouvoir porter l'affaire devant les juridictions laïques et engager une action en référé. Il y eut donc tout de suite urgence à préparer une argumentation en défense et avec une spontanéité remarquable, des avocats, des magistrats, des avoués, des notaires, des professeurs de droit se réunirent pour forger ensemble la défense des «  occupants » de l'église, présentés ailleurs comme sans droit ni titre. En même temps, il y eut à veiller aux portes de Saint Nicolas, de jour et de nuit, pour éviter d'éventuelles incursions. Et l'appoint de juristes, au besoin noctambules, ne fut pas refusé non plus.

C'est ainsi que s'est constitué, autour de Saint Nicolas, un groupe qui n'est jamais devenu, malgré quelques essais, une association avec statuts et dépôt de ceux-ci,(1) mais qui a survécu à l'émotion des premières urgences. Si, faute de procès, les réunions de juristes se firent moins fréquentes,l'habitude est née d'une rencontre annuelle, sous le patronage de Saint Yves, où après une messe et un sermon, un dîner rassemble des juristes dans une atmosphère de foi et d'amitié.

Si je signe cette invitation, c'est au bénéfice de l'âge, bénéfice qui présente aussi des inconvénients, car j'ai dans la tête plus de souvenirs que de projets. C'est pourquoi cette invitation s'adresse aussi et peut-être surtout aux jeunes qui trouvent en leur coeur la même flamme et la même foi qui inspirèrent leurs anciens et qui pensent que la laïcité, dont on fête cette année le centenaire, manque de charme pour être le seul objet de leur espérance et la règle de leur vie.

Georges-Paul WAGNER

(1) Ce n'est plus vrai aujourd'hui : l' A.F.J.C. est une association déclarée.

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En 2004 il célébra à sa façon le bicentenaire du Code Civil

 

Deuxième centenaire du code Napoléon

 

L'année 2004 marque le deuxième centenaire du code civil, attribué tout entier à Napoléon. Il est vrai qu'en unifiant le droit français, la Révolution de 1789, puis le premier Consul, puis l'Empereur ont atteint un but que la monarchie capétienne visait depuis Louis XI, sans y parvenir. Mais il est vrai aussi que ce travail avait été préparé au XVII° siècle sous Colbert et au XVIII° sous le chancelier d'Aguesseau et n'est pas sorti en quelques années d'une seule tête.

Cela dit, comme l'a montré une excellente étude du professeur Xavier Martin ‘’La Mythologie du Code Napoléon’’, ce code marque une rupture de pensée avec toute la législation de l'Ancien Régime, qui, écrite ou coutumière, n'est nullement laïque et n'est souvent qu'un reflet du Décalogue et des lois de 1'Eglise.

Le code Napoléon, en gestation depuis 1789, est le reflet d'une autre église, celle des Lumières. Elle donne de la nature humaine une vision appauvrie par les tendances mécanistes et " sensationnistes " de l'époque, à travers Condillac, Helvétius, Destutt du Tracy et Cabanis, qui voient dans l'homme une " poupée humaine " qu'il est possible et convenable de manipuler par une pédagogie appropriée. Le terme de pédagogie, à l'égard de ceux qui ont, depuis longtemps quitté l'école, est désormais d'usage courant. Il arrive même qu'on l'utilise à l'égard du Législateur si par malchance les vérités nécessaires et les " Lumières " ont tardé à parvenir jusqu'à lui. Dans ce cas on dira que la République est appelée à corriger la démocratie, à moins que ce ne soit le contraire.

Ou encore on parlera de démocratie éclairée.

Le rôle de Napoléon fut en tout cas important pour corriger sur un point l'idéologie des Lumières et maintenir le rôle du père comme chef de famille, en opposition avec les principes exprimés dans la Déclaration des droits de 1789. Balzac a écrit qu' " En coupant la tête à Louis XVI, la Révolution  a coupé la tête à tous les chefs de famille’’ mais le mal était déjà fait par l'article 3 de la Déclaration des Droits qui dispose que " Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation: nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément". L'autorité du père de famille, autorité née, était déjà condamnée à mort par ce texte-là.

Mais Napoléon, politique, autant que Législateur, pensait que l'Etat, pour assurer l'ordre qu'on attend de lui, a besoin du concours d'un législateur, juge et gendarme auxiliaire, ou encore de proximité, comme dirait M. Raffarin. C'est ainsi que le Code Napoléon, en contradiction avec les principes qui l'inspiraient a réhabilité provisoirement le père de famille, mais, dit Xavier Martin, " par artifice et par intérêt ".

Le XX° siècle en supprimant progressivement dans le code tous les pouvoirs et dignités de ce gendarme auxiliaire en a recueilli tout le désordre qu'on pouvait en attendre. En constatant ce qui se passe à l’école et dans la rue, il arrive que l’Etat en conçoive du regret et même qu'il invite le père de famille à remonter sur le trône dont on l’a fait descendre et à exercer des pouvoirs qu'il n'a plus.

Le deuxième centenaire du code permet de voir en passant cette contradiction majeure et comment les Lumières peuvent mener à la nuit.

Georges-Paul Wagner

          

             

 

                                                                                                    L'entre Trois Guerres

C'est que nos élus de droite et de gauche, parfaitement unis sur ce point, savent depuis longtemps et de plus en plus, que la nation au sens de patrie et que la civilisation occidentale et chrétienne sont à l'index et qu'elles doivent, pour survivre petitement, loin des honneurs, dans le recoin des souvenirs, ne se vanter de rien qui puisse mortifier une autre nation ou une autre civilisation, même nées la veille d'un terrorisme efficace.

Jacques Chirac, qui croit avoir reçu du suffrage universel le droit de philosopher en notre nom, a traité ce sujet-là à l'Unesco le 15 octobre 2001 et il a, selon sa doctrine, refusé toute hiérarchie des civilisations, décernant cependant une sorte de prix d'excellence aux Arabes concernant architecture, la poésie et les mathématiques, et aux Africains, pour les arts premiers, et leurs masques, sur lesquels on l'a vu se pencher avec une curiosité si passionnée qu'il paraissait y chercher, comme dans un miroir, un peu de son image et de sa psychologie.

Quelqu'un de l'entourage du président de la République, qui a participé à l'élaboration de son discours, a dû lui faire observer que, si toutes les civilisations se valent, nous n'avons plus qu'à fermer boutique et qu'en somme, n'ayant rien à vanter ni à vendre, nous n'avons non plus rien à défendre. Aussi Jacques Chirac a-t-il glissé, dans son propos, ce petit conseil incident aux sociétés occidentales, parlant d'elles comme s'il leur était étranger :   « Veillons à ce qu'elles ne donnent pas le sentiment que tout se vaut, que tout est égal à tout, que rien ne vaut la peine d'être défendu. »

Était-ce réintroduire par la fenêtre les hiérarchies qu'il avait fait sortir par la porte ? Était-ce justifier les jugements de valeurs auxquels il avait précédemment renoncé ? Que non pas ! S'il reste, selon lui, une supériorité au peuple français, c'est quand il est épris des valeurs républicaines « de liberté, d'égalité et de fraternité ». Les choses étant ce qu'elles sont et l'égalité étant ce qu'elle est, notre seule supériorité consiste donc dans le refus de toute supériorité.

Jean Madiran a récemment observé dans Présent que les principes égalitaires de Chirac et de ses pareils finiront par leur interdire de donner des leçons et, par exemple, de considérer « que leur démocratie est supérieure au despotisme; que leur laïcité est supérieure à toute théocratie, que leur tolérance maçonnique est supérieure à l'intolérance islamique. Sur ce plan-là aussi une telle culture s'affirme comme une culture de mort, anéantissant ses propres "valeurs" par autodestruction ».

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